Routeur solaire : envoyer son surplus vers le chauffe-eau
Votre kit produit 700 W à midi. Personne à la maison, le frigo tire de quoi vivre, le reste part au réseau. Depuis le 5 juin 2026, ce surplus injecté est racheté 1,1 c€/kWh (photovoltaique.info, arrêté S21, lu le 25/09/2026), et encore, à condition d'avoir signé un contrat d'achat de surplus. Sans ce contrat, il part gratuitement. Autant dire rien. Un routeur solaire détourne ces watts vers la résistance de votre ballon d'eau chaude. Reste à savoir sur quel kit ça se justifie, et ce que ça donne entre octobre et mars.
Ce qu'un routeur solaire fait de votre surplus
Un routeur solaire mesure en continu ce qui part vers le réseau, puis renvoie ce surplus vers une résistance électrique en dosant la puissance. Pas de tout-ou-rien : si 340 W sont disponibles, il envoie 340 W. Le ballon d'eau chaude devient le stockage, et l'énergie solaire cesse de partir au réseau.
La mesure passe par une pince ampèremétrique, un anneau qui se referme sur le câble d'arrivée générale et lit le courant sans le couper. Elle se pose là, pas sur le câble des panneaux solaires : ce qui intéresse le routeur, c'est le solde entre ce que vous produisez et ce que vous consommez au même instant. Le SmartSun filaire d'Ekosia livre une pince de 5 mètres (fiche lue le 25/09/2026), le Newdep V4 une pince 100 A.
Vient ensuite la modulation. Gaya-Solaire décrit deux techniques (page lue le 25/09/2026). Le hachage de phase « coupe la sinusoïde du courant alternatif à chaque cycle pour réduire la tension moyenne », quand le train d'ondes « laisse passer un certain nombre de cycles complets de courant sur une période donnée ». Le composant de puissance ? Un triac (ou un relais statique).
Comparez avec le contacteur heures creuses de votre tableau (ouvert ou fermé, rien entre les deux). Un nuage passe, la production tombe à 400 W, et il vous fait acheter le complément. Le routeur, lui, suit la courbe.
Le seuil de déclenchement départage les modèles, et personne n'en parle. Combien de watts faut-il pour que le boîtier détecte un excédent ? Ekosia annonce 100 W de surplus minimum pour que le SmartSun démarre, Newdep 30 W sur son V4. Plus du triple d'écart, sur la caractéristique qui décide du nombre d'heures utiles dans l'année.
Ce qu'un routeur ne fait pas : il ne stocke aucune électricité, ne produit rien la nuit, et ne rend pas rentable un kit sous-dimensionné. Il monte votre taux d'autoconsommation (la part que vous consommez vous-même). Il ne crée pas un watt de production. Sur un kit sur prise, ce point change tout, et le guide des kits plug & play pose le décor.
Ce qu'on peut lui brancher, chauffe-eau en tête
Le chauffe-eau électrique à résistance est la charge numéro un. Il encaisse 1 200 à 3 000 W selon les modèles (Ekosia, lu le 25/09/2026), garde la chaleur plusieurs heures sans batterie, et consomme de toute façon. Sèche-serviettes, pompe à chaleur et borne de recharge viennent après.
Attention au ballon lui-même : c'est le critère bloquant, pas un détail de fin de notice. Ekosia annonce son SmartSun compatible avec les résistances blindées, stéatite et ACI, thermostat mécanique ou électronique, et exclut les chauffe-eau thermodynamiques. Son guide classe même l'ACI hybride comme compatible, au motif que « l'ACI est une protection anticorrosion alimentée en basse tension ».
Sauf que le terrain raconte autre chose. Sur ForumConstruire, un utilisateur pose le problème en une phrase (discussion lue le 25/09/2026). Le routeur « fournit un courant haché non compatible pour un thermostat électronique », et « il faut donc lui fournir une alimentation séparée des résistances ». Les solutions qui circulent vont de la coupure de deux pistes sur la carte ACI au passage par un contacteur. Des avis d'utilisateurs, donc de la perception, pas de la mesure.
Un indice vaut mieux qu'un débat, et on en tient un. Newdep vend une carte ACI modifiée à 49 à 59 €, « spécialement préparée pour être compatible » avec ses routeurs, avec une liste couvrant des modèles Atlantic, Sauter et Thermor (fiche lue le 25/09/2026). Newdep ne mettrait pas cette carte à son catalogue si la question ne se posait jamais. Sa fiche ne dit pas pour autant combien de ballons sont concernés, ni pourquoi : c'est un indice, pas une mesure. Votre ballon est-il compatible ? C'est sa notice qui tranche, pas la fiche du routeur.
Le triphasé équilibré, lui, ne passe pas tel quel, et c'est le genre de détail qu'on découvre une fois le colis ouvert. Ekosia exclut les résistances triphasées, le V4 de Newdep route en monophasé uniquement, et si votre compteur est en triphasé, le cas du kit sur prise se règle avant l'achat.
Sur un kit plug & play, à partir de quelle puissance ça se justifie
Un routeur ne redirige que ce qui partait au réseau. Sur un kit plug & play de 400 à 800 W, tout se joue donc sur ce volume-là, et il est mince : c'est lui qui décide si le boîtier s'amortit en trois ans ou jamais (le calcul complet est plus bas). À 800 Wc de crête, vous restez sous les 1 200 W de la plus petite résistance listée par Ekosia. Mesurez d'abord.
Pas de surplus, pas de routeur. Combien de kWh partent réellement de chez vous ? Suivre sa production en temps réel pendant un mois coûte moins cher qu'un routeur acheté à l'aveugle, et le chiffre qui compte n'est pas la production totale, mais bien ces kWh-là. Optimiser un kit sur prise commence toujours par là (un mois de relevés, pas une estimation).
Le problème d'échelle, maintenant. Une simulation PVGIS (outil de la Commission européenne / JRC, version 5.2, lancée le 25/09/2026 pour Lyon, 45,75 N / 4,85 E, 0,8 kWc, 35° d'inclinaison, plein sud, pertes système 14 %) donne 1 017,63 kWh sur l'année. C'est la production totale, pas le surplus. En pointe, un tel kit délivre quelques centaines de watts nets, une fois déduite la consommation de fond (box, frigo, veilles). Face à une résistance de 1 200 à 3 000 W, le routeur module donc à charge partielle en permanence. Il travaille, mais lentement : 300 W pendant cinq heures, ça fait 1,5 kWh.
Côté micro-onduleur, une confusion revient. Le routeur ne se glisse pas entre les panneaux photovoltaïques et l'onduleur, il vit côté consommation, après le compteur. Le micro-onduleur du kit convertit en 230 V comme avant, pendant que le routeur lit le solde et alimente le ballon (bonne nouvelle pour un kit sur prise, l'ajout se fait sans toucher aux panneaux).
Le bémol, maintenant. Sur un kit solaire de 400 à 800 W posé sur un balcon, avec quelqu'un à la maison la journée, le surplus réel se compte parfois en dizaines de kWh par an. La réponse honnête est « pas encore ». Que faire alors ? Ajouter de la production avant d'ajouter un boîtier, quitte à passer d'un panneau à deux avant de regarder le moindre routeur. Un routeur devient intéressant quand le kit dépasse ce que vous absorbez en continu.
Octobre à mars : la saison où le routeur sert le moins
Voilà le paradoxe de la saison de chauffe : le besoin d'eau chaude grimpe au moment où la production s'effondre. Sur la même simulation PVGIS, décembre donne 41,74 kWh contre 118,17 kWh en juillet, soit 35 % du mois le plus productif. Un routeur acheté en octobre travaillera surtout à partir d'avril.
Les douze valeurs mensuelles, d'un bloc (Lyon, 0,8 kWc, 35°, plein sud, pertes 14 %) : 46,42 kWh en janvier, 61,01 en février, 92,79 en mars, 104,65 en avril, 106,04 en mai, 112,45 en juin, 118,17 en juillet, 111,98 en août, 98,70 en septembre, 74,18 en octobre, 49,48 en novembre, 41,74 en décembre. Regroupez : octobre à mars pèse 365,62 kWh, soit 35,9 % de l'année, quand avril à septembre en apporte 651,99, soit 64,1 %.
Le besoin va dans l'autre sens. L'eau du réseau arrive plus froide, donc la résistance travaille plus longtemps pour le même volume, et creux de production solaire et pointe de besoin tombent sur les mêmes mois. C'est mécanique, et la production en hiver l'illustre sur d'autres usages.
Alors, on commande quand ? Un routeur commandé en novembre passe son premier hiver à faire peu de choses, autant le dire franchement. En revanche, d'avril à septembre, il gagne sa vie, avec un ballon qui absorbe le surplus des longues journées (le stockage thermique ne compte pas ses cycles, contrairement à une batterie). Si vous hésitez sur la date, visez le printemps.
Routeur, batterie ou revente : comment on choisit
Quatre voies existent pour un surplus photovoltaïque : le rediriger vers une résistance pour en faire de la chaleur, le stocker dans une batterie physique, passer par une batterie virtuelle, ou le vendre. Depuis le 5 juin 2026, la vente sous contrat d'achat rapporte 1,1 c€/kWh injecté, quand le kWh évité en vaut 0,2001. Rapport de 1 à 18.
Cinq critères, les mêmes pour les quatre options : coût d'entrée en euros, ce que vous récupérez par kWh de surplus, durée de vie annoncée, place nécessaire et réversibilité. Faute de source ouverte relevée, une case dit « non communiqué » plutôt qu'un chiffre confortable.
| Critère | Routeur solaire | Batterie physique | Batterie virtuelle | Revente du surplus |
|---|---|---|---|---|
| Coût d'entrée du matériel | 129 à 840 € selon le modèle (Newdep V4 à 129 €, Fronius Ohmpilot à 840 € chez Civisol, fiches lues le 25/09/2026) | non communiqué | non communiqué (abonnement selon l'opérateur) | 0 € de matériel, mais un raccordement en vente de surplus |
| Récupéré par kWh de surplus | de l'eau chaude, valorisée au kWh évité, 0,2001 € TTC | de l'électricité restituable, 0,2001 € évité moins les pertes de charge et de décharge (non communiqué) | non communiqué | 1,1 c€/kWh injecté, indexé 2 % par an |
| Durée de vie | non communiqué (garantie 2 ans annoncée sur la fiche du SmartSun, lue le 25/09/2026) | non communiqué | sans objet, c'est un contrat | sans objet, c'est un contrat d'achat |
| Place nécessaire | un boîtier au tableau et une pince sur l'arrivée générale | un volume au sol, non communiqué | aucune | aucune |
| Réversibilité | se dépose, le ballon retrouve son câblage d'origine | dépose lourde | résiliation du contrat | changement de contrat |
La batterie virtuelle joue sur le même terrain, avec une logique opposée : l'une est un contrat, l'autre du matériel posé chez vous. Et le routeur ne restitue jamais d'électricité, il transforme (si vos pointes de consommation tombent en soirée, la chaleur stockée ne servira qu'à la douche du lendemain).
Côté revente, le calcul a changé de nature en juin 2026. À 1,1 c€/kWh injecté, primes à l'investissement supprimées, revendre son surplus tient de l'option administrative plus que de la stratégie de rentabilité.
Prix, pose et retour sur investissement
Comptez 129 à 299 € pour un routeur monophasé grand public, d'après les fiches relevées le 25/09/2026. Soit 129 à 149 € pour le Newdep V4 (2 100 W, fiche lue le 25/09/2026), et 299 € pour le SmartSun filaire d'Ekosia (3 000 W en monophasé, fiche lue le même jour). Les modèles pro grimpent jusqu'à 840 € pour un Fronius Ohmpilot chez Civisol.
Les tarifs dépendent du revendeur. Pourquoi ? Parce que Civisol affiche « à partir de 349 € » pour un routeur Ekosia le 25/09/2026, sans dire de quel modèle il s'agit, quand le fabricant vend son SmartSun filaire 299 € le même jour. On vérifie la fiche du jour, jamais un article.
La pose se découpe en deux, et on peut en faire une bonne moitié soi-même. Poser la pince et raccorder le ballon restent à portée d'un bricoleur méthodique, en une à deux heures selon Ekosia, mais toute intervention dans le tableau (ajout d'un disjoncteur dédié, reprise de la ligne du chauffe-eau) relève de l'électricien, et la conformité à la norme NF C 15-100 ne se négocie pas. Un routeur mal posé, c'est un courant haché envoyé dans une électronique qui ne l'attendait pas.
Le calcul tient en une multiplication, hypothèses affichées. Reprenez la simulation PVGIS : 1 017,63 kWh par an pour 0,8 kWc à Lyon. Supposez que 20 % partent au réseau faute de consommateur au bon moment, soit environ 203 kWh (hypothèse de travail, pas une mesure, seul votre suivi donnera le vrai chiffre). Ces 203 kWh valorisés au tarif réglementé donnent 40,62 € de facture d'électricité évitée par an, sur la base de 0,2001 €/kWh TTC en option base, compteur 6 kVA. Ce prix se reconstruit depuis la grille officielle, pas depuis un comparateur : 13,61 c€/kWh hors taxes au 1er août 2026 (CRE, délibération n° 2026-147, annexe B1, lue le 25/09/2026), plus l'accise de 30,62 €/MWh fixée par la même délibération, le tout majoré de 20 % de TVA.
Face à ces 40,62 €, et sous cette seule hypothèse, un Newdep V4 à 129 € s'amortit en 3,2 ans. Un SmartSun à 299 € demande 7,4 ans. Un Ohmpilot à 840 € sort du cadre pour ce genre de kit. Changez l'hypothèse de surplus et tout bouge, dans les deux sens. À 400 kWh détournés par an, ce même SmartSun repasse sous les 4 ans. À 50 kWh, le cas du balcon occupé toute la journée, le Newdep demande déjà plus de douze ans, et le calcul se refait chez vous, pas ici.
La voie du fait-maison existe aussi (montages documentés autour de Home Assistant, d'ESPHome, des travaux de F1ATB). Moins cher, parfois beaucoup moins. La contrepartie est réelle : vous intervenez sur du 230 V, sans garantie constructeur ni marquage CE.
Déclaration Enedis : ce que change le « zéro injection »
Poser un routeur ne vous dispense de rien. Enedis est clair (page lue le 25/09/2026) : « La déclaration d'une installation de production en autoconsommation totale est obligatoire, même sans injection, quel que soit son niveau de puissance ». Le routeur réduit l'injection, il ne supprime pas la démarche.
La CACSI, convention d'autoconsommation sans injection, formalise cet engagement, et précise l'adresse, la puissance installée et le type d'équipements. Son modèle officiel la borne à un périmètre précis : elle « est à établir avant toute mise en service d'une Installation de Production de puissance inférieure ou égale à 36 kVA en situation d'AutoConsommation sans injection » (Enedis-MOP-RAC_042E, version du 15/09/2025, lue le 25/09/2026). Deux conditions y figurent. La puissance installée de production ne dépasse pas la puissance souscrite du site de consommation. Et une attestation de conformité visée par le Consuel est jointe, sauf appareil fabriqué et essayé en usine sans création de circuit fixe (là, ce sont un découplage conforme à la NF EN 50549-1 et un circuit conforme à la NF C 15-100).
Bonne nouvelle côté facture : « Aucun frais de gestion et de comptage ne sont facturés au titre de la production » dans ce régime, selon photovoltaique.info (page lue le 25/09/2026). Le parcours est détaillé dans la déclaration Enedis pour un kit plug & play.
Reste le compteur Linky. Enedis impose son installation quand le compteur est d'ancienne génération, et ce qu'il voit, c'est le solde au point de livraison, pas la production de vos panneaux. Un routeur efficace rend donc l'installation presque invisible côté injection, ce qui ne change rien à l'obligation déclarative.
Alors, pour qui ?
Le routeur solaire se justifie quand votre suivi montre assez de kWh partis au réseau pour couvrir le prix du boîtier en quelques années, et avec un ballon dont la carte accepte un courant modulé. En dessous, sur un kit de balcon de 400 W avec du monde à la maison la journée, la réponse est non : ajoutez de la production avant d'ajouter un boîtier. Et commandez au printemps, pas en novembre.
FAQ
Quels sont les inconvénients d'un routeur solaire ?
Quatre limites connues. Il ne produit rien la nuit et ne stocke aucune électricité. Sa rentabilité dépend du surplus réellement disponible. La compatibilité du ballon peut imposer un câblage supplémentaire, voire une carte ACI facturée 49 à 59 €. Et les résistances triphasées sont exclues.
Un routeur solaire fonctionne-t-il la nuit ?
Non. Un routeur redirige un surplus photovoltaïque existant, et la nuit ce surplus est nul. Le chauffe-eau repasse alors sur son fonctionnement habituel, piloté par son thermostat ou par le contacteur heures creuses de votre tableau, exactement comme avant la pose du routeur. Seul effet indirect : l'eau chauffée dans la journée reste chaude plusieurs heures.
Peut-on installer un routeur solaire soi-même ?
En partie. Poser la pince ampèremétrique sur l'arrivée générale et raccorder le chauffe-eau sont à la portée d'un bricoleur équipé, en une à deux heures selon Ekosia. Toute modification du tableau électrique relève d'un électricien, avec une installation conforme à la norme NF C 15-100.
Faut-il déclarer son installation quand on pose un routeur ?
Oui. Enedis impose la déclaration d'une installation de production en autoconsommation totale, même sans injection, et quelle que soit sa puissance, routeur posé ou non. Pour 36 kVA ou moins, c'est la convention d'autoconsommation sans injection (CACSI) qui encadre l'installation, à établir avant la mise en service. Aucun frais de gestion ni de comptage n'est facturé au titre de la production.



